Briser les chaînes de la religion

Le Coran offre un véritable statut juridique aux femmes, mais ce statut les maintient dans une évidente infériorité vis-à-vis des mâles (elles acquièrent un droit à l’héritage inférieur de moitié à celui des hommes ; leur témoignage a devant les tribunaux la moitié de la valeur de celui d’un homme, etc). Cette longue liste de différences devant la loi par rapport à l’homme est en fait plus longue que les égalités – dans les faits comme dans les écrits. Une autre exemple très connu :
Le Coran permet aux musulmans d’avoir jusqu’à quatre épouses légitimes, à condition d’être capables de les traiter de façon parfaitement équitable. Mais que signifie donc ce « à condition » ? Pas grand-chose en réalité. Tout comme ce statut juridique qui ne fait que les emprisonner définitivement dans un statut de femme et non pas d’être humain.
Attardons-nous plutôt sur la condition de la femme musulmane, au Bangladesh par exemple, avec Taslima Nasreen.

Dès les débuts de la civilisation, la société et la religion ont gouverné les êtres humains, et comme les hommes étaient à la tête de la société de la religion, ils ont toujours exercé le pouvoir. Les femmes, quant a elles, ont certes été opprimées par la société et l’État, mais c’est surtout la religion qui leur a infligé les pires humiliations.

Lorsque le poids de l’oppression devenait intolérable, de nouvelles religions surgissaient, avec des règles plus douces. À la naissance du bouddhisme, des milliers de femmes bonzes se sont réfugiées dans la communauté bouddhiste, la sangha, pour échapper à l’oppression. Le sociologue allemand August Bebel explique dans son livre «La Femme et le socialisme», que lors de l’apparition du christianisme, les femmes, comme tous ceux qui vivaient dans le malheur, se sont intéressées à cette nouvelle religion afin d’améliorer leur condition catastrophique. De nombreuses femmes ont adopté de nouvelles croyances à cause des humiliations que les normes sociales et religieuses leur faisaient subir. C’est pourquoi les hindoues se sont converties à la religion brahmo (*), par exemple, et c’est ce qui a poussé les femmes à s’intéresser à l’Islam, lequel interdit l’avortement et impose aux maris de verser un dédommagement ainsi qu’une pension alimentaire à leur épouse en cas de divorce.

Mais aucune religion ne respecte les femmes et ne leur reconnaît le statut d’être humain .
Nonobstant les progrès de la science et notre connaissance actuelle du processus de création puis de développement de l’embryon, nous ne parvenons pas à nous débarrasser de la croyance que la femme est née de la côte d’un homme. La religion fait de la femme une marchandise, un objet précieux, une esclave domestique chèrement achetée : de tous les biens du monde, une femme fidèle est le bien suprême , dit l’un des textes sacrés.

Dans les textes de loi, quand un homme a des relations sexuelles avec une femme de moins de 15 ans même consentante, et qui peut être son épouse, ou avec toute femme de plus de 15 ans sans son consentement, qu’elle soit ou non son épouse, on peut considérer cet acte comme un viol. Et juridiquement, le viol est un crime. Mais dans le texte sacré du hadith Tirmizi, quand un homme appelle sa femme pour faire l’amour, elle doit accourir aussitôt si elle est en train de faire la cuisine, et peu importe qu’elle soit consentante ou non. Dans le hadith Moslem, lorsqu’un homme demande à son épouse de le rejoindre sur sa couche, qu’elle refuse de le faire et qu’il en éprouve de la colère toute la nuit, les anges vont la maudire jusqu’à l’aube . Les femmes sont à ce point méprisées et infériorisées que le hadith Tirmizi enjoint les hommes, au cas où leur épouse commettrait une grave erreur, de ne plus l’accepter dans leur lit et de la frapper avec modération.

La religion a transformé les femmes en esclaves et leur dénie toute humanité . Elles ne sont que des objets de consommation. C’est pourquoi le hadith Ahmed oblige les femmes à obéir a leur mari, quand bien même il leur demanderait « de marcher de la colline Zarad à la colline noire, puis de la colline noire a la colline blanche » . Les Bangladeshis font la prière, le jeûne du Ramadan et respectent les fêtes musulmanes, mais ils discutent rarement du livre sacré et des autres textes. Ils auraient intérêt à le faire, car à force de respecter aveuglément les préceptes islamiques, ils vont finir par tarir leur fonds de commerce et par anéantir la superstition religieuse.

Les femmes ne sont pas des êtres humains puisqu’elles sont  » un champ que vous pouvez cultiver quand vous le voulez  » . Fort de cette autorisation (accordée par l’ayat 223 de la sourate Bakara), le prophète Mahomet a dit que « Si un couple voyageait sur la selle d’un chameau et que le mari avait envie de faire l’amour, son épouse n’avait pas le droit de refuser » ; que « Les jours de jeûne supplémentaires d’une femme ne comptaient pas si son mari n’était pas d’accord » ; qu’ « il était interdit à une femme de se rendre quelque part ou de donner quelque chose a quelqu’un contre la volonté de son mari » ; et que « Si une femme ne respectait pas ces injonctions, elle serait maudite par les anges ».

Les femmes ne sont que des morceaux de chair destinés au plaisir des hommes . Et pour que le plaisir des hommes soit plus grand, ces morceaux de chair doivent se présenter sous des formes diverses. Comment en serait-il autrement puisque Hazrat Ah a dit que « Si une femme faisait du kebab avec l’un de ses seins, un curry avec l’autre et que son mari n’était toujours pas satisfait, elle serait jetée en enfer, aussi chaste soit-elle » .
En cette fin du XXe siècle, des hommes ont brûlé vive la pauvre Rup Kanwar sur le bûcher funéraire de son mari et ont éprouvé un immense plaisir lors de ce rite de la sati. « Le paradis des femmes ne se trouve-t-il pas sous les pieds de leurs maris ? » Tout en psalmodiant en silence de tels préceptes, les femmes triplement humiliées et torturées par la société, par l’État, par la religion, n’ont-elles pas le devoir de se souvenir que, conformément au texte sacré, « S’il fallait demander à quelqu’un de se prosterner devant une autre personne, je demanderais à chaque femme de se prosterner devant son mari ? » Un mari a tous les droits sur sa femme, a dit Allah ; elle lui appartient.

Le mouvement féministe est né au XVIIe siècle, et il a eu un certain impact dans l’Europe occidentale. Mais en Asie, en Afrique, en Amérique latine, les femmes sont tellement opprimées socialement, économiquement, politiquement, que leur libération sera impossible sans une transformation radicale des structures de la société et de l’État, ni sans rompre les chaînes de la religion.

Taslima Nasreen

Publicités
Publié dans Data Bank. Étiquettes : . Commentaires fermés sur Briser les chaînes de la religion
%d blogueurs aiment cette page :